Stefania Cao créatrice de Bokashi Compost
Portraits d'Écolos Imparfaits

Tout savoir sur le compost Bokashi avec Stefania Cao

Dans ce nouveau portrait d’écolo imparfait, on a eu le plaisir d’échanger avec une experte du compost Bokashi qui a accepté de nous livrer tous ses conseils ! Nous vous avions parlé du compostage et notamment de la fabrication de notre seau à Bokashi, c’est un sujet passionnant. Le Bokashi est une technique fabuleuse pour recycler ses déchets alimentaires et former un cercle vertueux avec la Terre, en lui redonnant ce qu’elle nous apporte.

Après un burn out professionnel et une prise de conscience environnementale déterminante, Stefania Cao a créé l’entreprise Bokashi Compost il y a 3 ans. Pourtant, en ayant fait carrière dans le marketing pour des entreprises plutôt polluantes, rien ne la prédestinait à devenir une experte reconnue sur le sujet du Bokashi. Dans cette interview exclusive, découvrez son parcours, son déclic et comment est né Bokashi Compost. Stefania vous donne aussi ses meilleurs conseils d’experte en la matière pour réussir le compostage Bokashi et vous aussi en tirer tous les bénéfices.

Outre la personnalité magnifique de Stefania, cet échange est très riche de conseils pratiques ! C’est aussi un retour d’expérience très inspirant sur un changement de vie radical et un aventure entrepreneuriale au service de la planète. Écoutez l’interview de Stefania en podcast sans plus attendre et retrouvez la transcription texte juste en dessous !

Pour retrouver Stefania Cao, profiter de tous ses conseils et pourquoi pas acquérir vous aussi un compost Bokashi:

Qui est Stefania Cao l’experte du compost Bokashi ?

Du marketing au compost Bokashi: comment un voyage a provoqué le déclic

Mélissandre : Enchantés de te rencontrer Stefania, on est très contents de t’accueillir pour te présenter à notre communauté des écolos imparfaits ! Pour commencer est ce que tu pourrais te présenter, nous dire un petit peu qui tu es ?

Stefania Cao : Merci Mélissandre et William de m’avoir accueillie chez vous et de me donner la parole aujourd’hui. Je m’appelle Stefania Cao, je suis italienne née en Belgique mais un peu citoyenne du monde. J’ai une formation où j’ai étudié pharmacie, donc je suis techniquement pharmacienne. En réalité, mon parcours professionnel a été plutôt dans la communication et le marketing. J’ai passé 6 années dans de grosses agences à Paris, qui faisaient du marketing de bouche-à-oreille pour les grandes marques que l’on connaît tous et qui sont au supermarché.

C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de de ma consommation et de l’impact que ça avait sur l’écologie. J’ai étudié la pharmacie parce que je suis convaincue que notre santé dépend de notre style de vie. Que ce soit l’alimentation, mais aussi la façon dont nous vivons et dans quel environnement et c’est un super impact sur notre santé. Donc c’est comme ça, que j’ai commencé à creuser.

Mélissandre : C’est super intéressant ce que tu me dis, mais quel a été le déclencheur pour te lancer dans une démarche plus écolo en venant du marketing ?

Stefania et son Bokashi compost
Crédit: Stefania Cao

Stefania Cao : Pour le tout premier déclic, un jour, je travaillais donc pour ces marques qui produisent ces shampoings dont on voit des piles entières bien emballées dans du plastique encore et encore. Je faisais déjà le tri plastique, papier et verre. Et un jour je me suis rendue compte qu’en réalité j’avais ce sac de flacons en plastique, et je me disais qu’à chaque fois on achète essentiellement de l’emballage. Et puis je me suis dit : comment je peux faire pour changer ça ? C’est comme ça que j’ai commencé à me réveiller tout doucement et à me dire, déjà est-ce que je ne peux pas acheter un emballage plus gros et faire un refill du plus petit ?

Le vrai déclic s’est passé en réalité lors d’un voyage en Asie du sud-est au Vietnam en particulier en 2011. On entendait déjà à l’époque parler de ce qu’on appelle le Great Garbage patch. C’est un continent de plastique qui flotte, c’était le tout début, c’était encore une info d’initié. Là, j’ai vu avec mes yeux, comment une partie de ce garbage patch est formée. C’est-à-dire, que dans des pays où il n’y a pas forcément une organisation de tri des poubelles, souvent les emballages sont jetés dans la rue. Quand il y a la mousson, il pleut, ça ramasse tout et ça va dans les rivières, les grandes rivières et puis dans l’océan. J’ai été creusé un peu, et je me suis rendue compte qu’une partie n’était pas les déchets qui étaient jetés sur place, mais en réalité une grande partie était nos déchets que nous trions en Europe et qui était envoyée là-bas avec des contrats de soi-disant recyclage. En réalité, stockés en plein air.

Donc je me suis dit, OK moi je ne suis pas président d’un pays, je n’ai pas un pouvoir énorme. Par contre, ce que je peux faire, c’est de consommer moins et du coup avoir un impact sur idéalement ceux qui produisent au départ. Il faut leur faire prendre conscience qu’il faut qu’ils changent leurs habitudes. C’est comme ça que j’ai commencé à aller chercher du vrac, après avoir une préférence pour des emballages réutilisables ou alors en verre qui sont plus facilement recyclés. C’était le premier déclic, et l’autre a été en creusant un peu plus.

J’ai commencé à aller plus loin, à étudier la question du recyclage du plastique. C’est une grosse difficulté pour recycler le plastique existant. Souvent, il est sale, il est sali par des aliments et des produits. C’est là que j’ai commencé à me pencher sur la question de la matière organique et les restes alimentaires et comment trier ça aussi.

William : Donc un shampoing, un voyage et ça a été le déclic !  

La prise de conscience de l’impact du plastique sur l’environnement et la santé

Mélissandre : C’est très intéressant ton expérience, parce que tu parles du Great Garbage patch et on en a parlé un petit peu sur notre blog. C’est vrai qu’il a été mis aux yeux du monde assez récemment au final, parce que c’était 2015 où en a vraiment commencé à en parler aux occidentaux parce que ça ne se passe pas chez nous. Alors, qu’en fait, d’après ce que tu nous dis, tu as pu le voir en vrai bien avant que ce soit rendu plus public.

Stefania Cao : Exactement, mais là c’était comment ça s’alimente. J’étais récemment en Grèce sur une île déserte presque, les microplastiques sont sur nos plages aussi. A chaque fois que je me lève, en 15 min on en ramasse beaucoup. Autre petit détail, mais là après je vais la faire courte, le lien plastique santé on ne le connait pas. On sait tous qu’il y a un lien entre le fait que le plastique dans la mer se fragmente et crée ces microplastiques qui après sont mangés par les poissons qui nous reviennent dans notre assiette. On arrive à manger jusqu’à une carte de crédit par an en termes de quantité de plastique.
Ce que l’on ne sait pas, c’est que le plastique fonctionne comme un aimant pour les éléments polluants. Le plastique va absorber tous les produits toxiques. Donc non seulement, c’est du plastique qui n’a rien à faire dans notre corps, mais en plus il est chargé de toute une partie de produits polluants qui trainent. Moi ça m’a choquée ! Je me suis dit qu’il faut qu’on fasse quelque chose.

Une réflexion environnementale qui aboutit au compost Bokashi

Quels ont été les premiers pas écolos de Stefania avant d’arriver au Bokashi

Mélissandre : Notre démarche a été ça aussi, avec des déclics différents mais on a réalisé que ça avait un impact sur la planète et sur notre santé. Ce n’est pas négligeable. Quelles sont les actions concrètes que toi tu as mis en place au quotidien pour adopter un mode de vie plus éco-responsable ?

Stéfania Cao : J’ai fait ça progressivement. La première chose, a été d’aller m’acheter une gourde parce que mine de rien, je me suis j’ai fait un calcul : une bouteille par jour pour 365 jours pour 10 ans. Le volume de plastique que ça fait ! J’ai installé à l’époque un filtre sous le robinet, maintenant j’ai pris un filtre de Becker Falls, le filtre à colonne. On met l’eau du robinet dedans parce qu’elle n’est pas toujours clean non plus même celle en ville. Puis, j’ai ma gourde que je remplis en dessous. Il m’arrive en voyage dans des situations comme à l’aéroport où on ne peut pas remplir sa bouteille parce que l’eau n’est pas portable de devoir acheter une bouteille. Et quand ça arrive, je me sens mal !

Ça c’était le premier pas, et puis aussi les petits gestes au quotidien qui quand ils sont sommés l’un à l’autre ont un vrai impact. Ça a été toute une réflexion sur les produits cosmétiques. Je suis passée à l’huile et au gel d’aloès, même dans un flacon en verre. Le shampoing, je l’achète encore mais l’après shampoing j’utilise du vinaigre de pomme que j’ai appris à faire moi-même. On a tout dans des bocaux en verre parce que ça c’est bien évidemment ça sera réutilisé.

Il y avait aussi toute la question du gaspillage alimentaire, donc je me suis posé la question : comment je peux utiliser un maximum de ce que j’achète même ce que je ne peux pas consommer ? C’est là que j’avais commencé, au départ moi j’habite en ville et je ne pouvais pas faire un compost de jardin. J’avais pris une vermicomposteur au départ. C’est génial le vermicomposteur parce qu’il y a déjà une partie de la matière de nos déchets qui peut aller dedans. Mais, les vers, c’est un peu des animaux de compagnie, c’est un peu comme des enfants ! On veut que des fruits et des légumes pas trop sucrés, alors la banane ça ne va pas c’est trop sucré, le pain ça ne va pas ça moisi, les agrumes c’est trop acide… J’étais ravie de ça parce que ça m’a fait prendre conscience que les déchets alimentaires pouvaient être utilisés autrement.

compost bokashi avec épluchures
Seau à Bokashi avec épluchures de légumes. Crédit photo: Stefania Cao

Après j’ai découvert le Bokashi et le fait qu’on pouvait tout y mettre : cuit, cru, protéines animales si on en consomme, les croûtes de fromage, le pain, les pâtes et tout. J’ai vu qu’on pouvait réutiliser ça pour nourrir la terre pour qu’elle me rende en retour à nouveau des aliments sur les petits bacs que je semais. Pour moi, en termes d’impact ça a été important car on se retrouve avec des poubelles ménagères vraiment minimes. Je ne jette plus ma poubelle qu’une fois toutes les 3 ou 4 semaines parce que je n’ai pratiquement plus rien dedans d’un côté mais aussi ça ne sent pas mauvais. Ce qui reste peux attendre, je n’ai pas à aller le jeter parce que le sac commence à sentir mauvais ou parce que les restes d’aliments commencent à pourrir. Tout ce qui est biodégradable va dans le Bokashi.
Et puis je ne vais pas vous faire toute la liste, mais chaque fois dans mon business quand j’envoie des colis, les Bokashis sont emballés dans du papier Kraft recyclé et fermés avec une sangle en papier, pas en plastique ou en polyéthylène. Comme ça, les gens peuvent recycler le tout ensemble. Ma carte de visite est faite sur du papier fait de cellulose de restes agricoles. Donc voilà, une fois qu’on est dedans, c’est une chouette gym parce qu’on se dit : « OK j’ai toujours fait ça comme ça, est-ce qu’il n’y a pas une autre façon de faire qui aurait moins d’impact ou plus vertueuse ? ».

D’où vient le Bokashi et comment ça fonctionne ?

William : Donc du coup tu viens d’introduire le Bokashi après avoir testé avec les petits vers, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ? Qu’est-ce que c’est le Bokashi ? Comment tu l’as découvert et d’où ça vient ?

Stefania Cao : Je vais commencer par la découverte. C’est toujours lors d’un autre voyage que j’ai rencontré le Bokashi. C’est une histoire assez rocambolesque, mais c’est un moine birman donc en Birmanie au Myanmar qui m’a présenté une fille qui s’appelle Jenny Arlène qui faisait déjà du bokashi depuis 10 ans en Suède. C’est d’ailleurs elle, qui a fait connaître cette technique là-bas. C’est en discutant, on s’est trouvé tous ces points communs de questionnement, mais qu’est-ce que l’on peut faire concrètement pour changer les choses sans être un Don Quichotte ? C’est elle qui m’a parlé du Bokashi, j’ai testé, j’ai trouvé ça génial ! Mais pourquoi il n’y a personne qui en parle ? Il n’y avait rien du tout sur internet, presque rien comme information en français et il y avait très peu en anglais, c’était soit du suédois, soit du coréen ou du japonais.

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La technique veut dire matière organique bien fermentée et en Asie du sud-est la fermentation est beaucoup plus présente au quotidien. Le miso, la sauce soja, le kimchi, tout ça, c’est au niveau alimentaire. En Europe aussi, la choucroute, la bière, le pain, le fromage, ce sont aussi des fermentations mais c’est des fermentations différentes. Au départ, le bokashi tel qu’on le fait aujourd’hui avec la petite poudre d’activateur, c’est du son de blé qui est imprégné de micro-organismes efficaces.

micro-organismes activateurs pour le bokashi
Micro organismes efficaces pour le Bokashi. Crédit photo: Stefania Cao

Alors, les micro-organismes efficaces, c’est un mélange de bonnes bactéries. Il ne faut surtout pas prendre peur, c’est un microbiote, c’est comme les bonnes bactéries qu’on a dans nos intestins qui nous aident à digérer. Elles existent en nature ces bactéries, mais en l’occurrence ici pour les rendre tout terrain, elles ont été identifiées puis concentrées par un prof japonais qui s’appelle Teruo Higa de l’université de Okinawa au Japon. Il a étudié en fait la perte de fertilité des sols qui étaient traités avec des fertilisants de synthèse, c’est à dire que plus on mettait de la nourriture pour le sol moins les plantes produisent.

Après des mois d’expérimentation il a jeté toutes ses éprouvettes en dehors de son labo et quand il est revenu des semaines plus tard, il a vu que là où il avait jeté ses différentes bactéries, il y avait une touffe d’herbe qui avait poussé. Lui, il cherchait la bactérie miracle, celle qui allait résoudre le problème d’infertilité mais il s’est rendu compte que ce n’était pas une bactérie mais le mélange de toutes ces bactéries qui se passe dans la nature. Ainsi, il a repris ses études pour optimiser ce mélange et maintenant, il y a ce qu’on appelle les EM ou Effective Micro-organisms en anglais.

C’est ce mélange, qui permet d’agir à différentes étapes du processus du bokashi, mais elles ont plein d’autres applications aussi. Il suffit d’aller chercher un peu, ça s’utilise partout ! Il y en a où il faut rééquilibrer un environnement, ou bien s’il y a de la matière organique à dégrader. Ici, en l’occurrence, on va les utiliser pour faire fermenter nos déchets alimentaires d’une façon contrôlée.

Et donc qu’est-ce que c’est le bokashi ou le bokashi compost ? Moi j’ai choisi ces 2 mots ensemble parce que le bokashi en réalité c’est une étape de pré-compostage. On a prédigéré les restes alimentaires pour après mettre le digestat dans la terre ou entre 2 couches de terre, dans un pot aussi pour obtenir un terreau. C’est une technique géniale qui nous permet de recycler tous nos déchets alimentaires quels qu’ils soient, avec quelques rares exceptions. On va obtenir un fertilisant liquide super puissant, qu’on utilise dilué pour arroser nos plantes et un terreau. Ça ce sont les avantages vraiment en termes de matière, mais il y a aussi évidemment toute une série d’avantages au quotidien. 

C’est-à-dire, qu’on jette nos déchets dans un seau fermé, donc ça ne sent pas tant que c’est fermé. Il n’y a aucune déperdition de carbone non plus, il y a plein d’impacts au niveau écologique plus large. L’avantage c’est qu’on fait ça chez soi, on n’a pas besoin de beaucoup d’espace du moment qu’on a un petit balcon, on peut le faire jusqu’à l’étape finale. Cela permet de de ne plus avoir rien qui sent mauvais dans nos poubelles et donc jeter moins aussi de l’autre côté. Si on a quelques petites plantes, on a ces 2 sortants : donc le fertilisant et la matière pour nourrir la terre qui sont magnifiques.

Le compost Bokashi, la solution saine et pratique même en ville et en appartement

Jus de fermentation
Robinet pour récupérer le jus de fermentation produit par le Bokashi. Crédit Photo: Stefania Cao

William : Je rebondis sur ce que tu dis, du coup le bokashi ce qui est génial vu que ça ne sent pas, ça reste quelque chose d’assez hygiénique. En fait, ça peut être dans une cuisine et vu que la cuisine c’est censé être un endroit assez propre, on peut le mettre ici pour s’en servir et tout de suite jeter ses épluchures.

Stefania Cao : Exactement ! Un composteur, ce n’est pas une poubelle. L’idéal est de mettre le déchet une à deux fois par jour. Effectivement c’est tout à fait hygiénique. Notamment, parce que le seau est fermé de façon étanche, mais aussi parce que le processus en soi, c’est de la lactofermentation. En gros, on fait une choucroute de nos déchets qui produit de l’acide lactique. L’acide lactique est un désinfectant, il est utilisé tel quel dans les hôpitaux pour désinfecter. Ça empêche toute moisissure ou mauvaises bactéries comme les colibacilles, les salmonelles, dont tout le monde a peur dans la restauration. Ces bactéries-là, peuvent vraiment nous rendre malade et même les toxines du botulisme. Donc le Bokashi, ça n’a rien de mauvais en termes de bactéries. Elles ne peuvent pas se reproduire dans un Bokashi parce que c’est acide.

Alors on parlait de l’odeur, effectivement quand c’est fermé le seau ne doit pas sentir du tout. Quand on l’ouvre, il y a une odeur de fermentation qui peut être présenté mais ça dépend de la sensibilité du nez. Le gros avantage est qu’il n’y a pas de moucherons, pas de moisissure, pas d’asticots par exemple en été. Au contraire, plus il fait chaud mieux ça marche, c’est quand même génial !

Mélissandre : C’est vrai qu’on a fait un premier été, on mange beaucoup de fruits et légumes et donc on mettait tout à la poubelle. On avait déjà entendu parler du compost mais on se disait qu’on ne pouvait pas mettre un bac à compost en appartement. A ce moment-là, on ne connaissait pas encore le bokashi. En été c’était l’horreur, les mouches, les moucherons, les vers…Je ne sais pas si un lombricomposteur ça nous aurait plus ou pas. On a fini par installer le bokashi, et c’est vrai qu’il n’y a pas d’odeur, c’est très simple d’utilisation, et puis comme tu disais, le liquide de fermentation on s’en sert pour les plantes vertes et ça fonctionne très bien. Comme c’est un pré-compostage, et que nous n’avons pas de bacs de plantes, on n’a pas de balcon, il y a un compost collectif au niveau de la ville.

Stefania Cao : Oui, effectivement, ça c’est une des limites quand on fait du bokashi. Pour faire tout le processus il faut avoir au moins un petit balcon pour faire le mélange dans la terre, mais sinon c’est une façon idéale si on a des composts de quartier ou si la ville fait une collecte de la matière organique. Ça permet aussi d’éviter d’aller au compost tous les 2 ou 3 jours et on y va que quand le seau est plein.

Ne pas confondre le compost Bokashi avec un compost de jardin

Mélissandre : On a parlé un petit peu de lombricompostage, qui se fait avec des vers. Ce sont les vers qui vont manger en traitant les détritus et puis qui sortent après le terreau. C’est quoi la principale différence qu’on va avoir entre un bokashi pour composter chez soi et par exemple si on a un compost dans son jardin ?

Stefania Cao : Alors, déjà la plus grande différence est ce qu’on peut y mettre. Un compost de jardin, c’est une technique géniale parce que quand on a un jardin on a aussi plein de feuilles, les tontes de gazon, des branches, ça c’est très bien pour l’équilibre du compost. Mais dans un compost de jardin on ne peut pas forcément mettre tous les restes alimentaires. On pourra mettre des restes d’épluchures de fruits et de légumes, mais surtout pas de viande ou de restes de protéines animales parce que ça va attirer les rats et d’autres nuisibles. Ce n’est vraiment pas une bonne idée !

Ce sont 2 techniques qui sont complémentaires. Une fois qu’on a rempli le seau et qu’on l’a laissé fermenter, on peut l’enfouir dans un tas de compost parce que le bokashi aura prédigéré tous les aliments même si on a mis les restes de protéines ou des aliments cuits. En 2 semaines, tout sera dégradé après dans le compost. Donc les 2 sont compatibles mais ce sont des techniques différentes.

seau à compost bokashi avec affiche
Le bokashi ou le compost des paresseux. Crédit photo: Stefania Cao

La plus grosse différence pour moi c’est surtout qu’un compost de jardin ça prend un an pour dégrader toute la matière organique, pour autant encore qu’on le fasse correctement. C’est-à-dire, normalement dans un compost, il faudrait ajouter des matières brunes, des matières vertes, donc alterner ce qu’on appelle du carbone et de l’azote. Le carbone ce sont les matières brunes sèches : feuilles, tonte de gazon, broyât de branches. Les matières azotées sont les matières vertes : tontes fraîches ou alors des restes de fruits et de légumes.

Idéalement il faudrait faire des couches et retourner, aérer, pour que ça monte en température. C’est du boulot ! C’est pour ça, moi je dis que le Bokashi, c’est le compost des paresseux ! On racle l’assiette dedans, on met sa petite poudre d’activateur par-dessus, on tasse un peu, on ferme et c’est fait ! Effectivement, une fois par mois ou toutes les 2 semaines ça dépend combien mais il faut vider le contenu du seau.

Je ne dirai pas que c’est l’un ou l’autre, mais ce sont des techniques complémentaires. Je trouve que pour tout ce qui est alimentaire, le bokashi gagne quand même avec une longueur d’avance en termes de confort surtout.

Les conseils pratiques de Stefania pour s’occuper d’un Bokashi

Les prérequis pour avoir un compost Bokashi chez soi

William : Donc si ce sont 2 choses complémentaires, si quelqu’un a un jardin pourquoi pas avoir un bokashi plus un compost. Pour le bokashi, quels sont les prérequis pour en avoir un chez soi ?

Fertilisant naturel avec compost
Fertiliser son terreau avec le digestat du Bokashi. Crédit photo: Stefania Cao

Stefania Cao : La volonté de composter, enfin la volonté de faire quelque chose de bien pour la planète déjà ! Puis, un minimum d’espace, la taille du seau. Ça fait plus ou moins la taille d’une poubelle standard. Si on a vraiment une toute petite cuisine, il faut réfléchir à ça parce que le seau doit être gardé à l’intérieur. Idéalement la fermentation a besoin d’un minimum 15° pour se faire correctement. En hiver, on ne peut pas le mettre le seau à l’extérieur, on peut le mettre sur le palier des escaliers ça ne va déranger personne mais il faut le garder à l’intérieur.

Ensuite, il faut avoir un minimum de production de déchets alimentaires, parce que si on ne cuisine pas, on n’a pas grand-chose à mettre dedans. Il faut quand même avoir un minimum de volume. Dans l’idéal avoir quelques plantes pour profiter du jus de Bokashi, sinon on peut toujours le mettre dans les canalisations pour les dégraisser.

Si on veut faire tout le processus, le remplissage et la maturation, dans ce cas-là il faudra 2 seaux. Pendant que le premier seau est en train de maturer pendant 2 semaines minimum, on a un 2e seau qu’on va commencer à remplir et faire des rotations.

Pour faire l’étape finale, il faut avoir un petit balcon d’un mètre carré au moins.  La partie finale c’est de vider le digestat donc la matière qui reste dans le seau. Ça ne se transforme pas en terreau dans le seau, on va aller mélanger la matière fermentée restante entre 2 couches de terre. C’est ce que j’appelle la technique du sandwich ! Dans un bac, un pot ou même une cagette avec un géotextile, on met une couche de terre au-dessus et en dessous, le même volume de Bokashi, on mélange les 2 et on finit par de la terre au-dessus. Ça se fait idéalement à l’extérieur, car à la sortie de la fermentation, le bokashi peut sentir. C’est encore mieux si on peut enfuir le mélange dans un potager.
Ce que font les suédois chez qui il gèle 6 mois par an, ils fabriquent leur terre avec ce mélange et la garde dans le garage. Il y a des fous du Bokashi là-bas qui gardent leur bac de terre mélangée dans la salle de bain avec une moustiquaire dessus comme il fait chaud. Toutes les bactéries et les champignons vont faire leur travail et tout se dégrade assez rapidement.

Ça dépend de jusqu’où on est hardcore dans le Bokashi ! Si on n’a pas ces options-là, donc de balcon, de jardin, ou de cave, avant d’acheter le bokashi, je conseille quand même d’aller se renseigner si dans votre quartier vous avez un compost de quartier qui accepte le bokashi. Sinon, un endroit ou un voisin qui a un potager parce que là c’est dommage de se retrouver coincé sans pouvoir vider le seau. C’est la seule réflexion à faire avant de se lancer : comment je vais gérer le contenu du seau après ?

Mélissandre : Nous c’est le seul truc auquel on n’avait pas trop pensé au début. On s’est retrouvé avec notre Bokashi sur les bras, puis on a fini par trouver. On n’avait pas forcément de voisin qui avait la main verte ou de petit balcon.

William : Après on a trouvé dans la ville des endroits où qui récupèrent pour le compost. C’est vrai que ça peut être une bonne idée de proposer à son voisin qui a un jardin, ça peut même lui faire découvrir le bokashi. Pourquoi pas l’initier par la suite.

Stefania Cao : Moi maintenant, je fais du matching, comme les sites de rencontre, je mets ceux qui ont besoin d’aide en contact : ceux qui ont besoin de Bokashi et ceux qui veulent vider leur seau.

Quels sont les gestes à adopter pour réussir son Bokashi et participer au cercle vertueux de la terre ?

Mélissandre : Le Tinder des Bokashi ! Tu nous as expliqué pas mal de choses, il y a beaucoup d’informations ! On aimerait revenir un petit peu pour ceux qui sont vraiment novice, sur comment on s’occupe concrètement au quotidien d’un Bokashi ? Quels sont les aliments qu’on peut y mettre, l’apport d’air, les gestes à avoir par exemple ? Si tu as des conseils pour ceux qui nous écoutent et qui voudraient se lancer là-dedans !

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Stefania Cao : D ‘accord effectivement en réalité bokashi c’est super simple, c’est juste que moi je peux en parler pendant des heures ! Dans la pratique, c’est un seau avec un tamis en dessous, un couvercle et un petit robinet. Vous faites votre vie normalement, vous gardez juste les déchets dans un petit bol sur votre comptoir avant de les mettre dedans.

Quels déchets vous me direz ? Toutes les épluchures de fruits et des légumes, tout ce qui est agrumes, le citron, l’orange, tout ça on peut le mettre dans le bokashi. L’ail va très bien aussi, l’oignon, les pelures de courges aussi. La seule chose, faites juste attention aux noyaux et aux graines. C’est-à-dire, en particulier les noyaux d’avocat par exemple. Si vous le mettez dedans, il ne va pas forcément se défaire et donc une fois dans le terreau vous risquez de vous retrouver avec des plans d’avocat. Tout ce qui est cru ou cuit est accepté, donc les restes d’aliments cuits, ce qui est à base de céréales comme le pain et les pâtes aussi. Également, si on consomme de la viande ou du poisson on peut mettre les restes de chair dedans.

On ne mettra pas les gros os, les grosses arrêtes, les coquillages, les coquilles des moules et des palourdes ou des huîtres. C’est du minéral donc ce n’est pas organique. On ne met pas de cendres non plus dans le Bokashi ou de terre. Si vous avez une petite plante fanée, gardez la terre pour l’étape finale du Bokashi mais pas pour la fermentation. Dans les Bokashis que je vends, j’ai fait une petite fiche avec tous les ingrédients et tout ce qu’on mettre ou pas à l’intérieur. Il y a une version aussi avec des petits dessins. Les coquilles d’œufs peuvent aller aussi dans le Bokashi, il faut juste penser à bien les écraser.

Tous ces aliments, vous les regroupez dans un petit bol et une fois par jour ou 2 fois par jour vous allez les mettre dans votre seau à Bokashi. Ne les laissez pas trop traîner, surtout en été ! Si vos aliments restent en contact avec l’air, il peut y avoir des mouches qui vont prendre des œufs, et ça peut donner des soucis. L’idée, du bokashi comme on va fermenter, c’est que les déchets soient le plus frais possible. Vous mettez le contenu de vos déchets dans le seau en essayant de faire des couches de 4 ou 5 cm à chaque fois. Pas plus, si vous en avez plus, vous allez faire 2 couches c’est comme une lasagne. On empile une couche d’aliments, une bonne poignée d’activateur, et une autre couche d’aliments.

La taille des aliments est importante aussi. C’est-à-dire, que si vous avez des éléments qui sont trop gros, essayez de les couper dans une taille de plus ou moins 4 ou 5 cm de côté. La plupart des épluchures peuvent aller tel quel mais l’orange coupez là encore en 4 avant de la mettre dedans. De même, le tronc du brocoli en quelques morceaux dedans.

Si vous avez plus d’aliments vous faites plusieurs couches avec l’activateur entre, ce n’est pas un problème. Il faut juste respecter les épaisseurs : à chaque apport d’aliments mettez une poignée d’activateur. L’activateur est essentiel, il faudra l’ajouter à chaque fois qu’on met des déchets, on ne peut pas le mettre une seule fois. C’est vraiment ça qui permet à la matière de fermenter.

Une fois que vous avez fait tout ça, vous tassez bien. Ça va vous permettre de faire rentrer plus dans votre seau et d’avoir moins d’air entre les morceaux. Si vous avez mis des coquilles d’œuf, ça permet de bien écraser la coquille pour qu’elle ne fasse pas une poche d’air. Enfin, vous remettez simplement votre couvercle dessus et vous rangez votre seau. Il faut toujours garder l’activateur dans un contenant bien fermé. Si on a le sac de départ, refermez bien le sac ou alors mettez-le dans un autre contenant étanche. On refait la même chose le jour d’après et on continue comme ça.

Au fur et à mesure, après quelques jours voire semaines si les seaux sont neufs, vous pouvez aller regarder s’il y a du jus qui s’est formé. Sur le seau, il y a un robinet par lequel va s’écouler le jus. Alors le jus, je vous conseille de le drainer complètement une fois par semaine. Si vous laissez s’accumuler le jus, ça va détremper vos aliments qui fermentent et ça va faire sentir plus fort le contenu.  C’est bien de l’éliminer, ne vous préoccupez pas, vous aurez toujours assez de jus pour refaire vos plans ! J’ai fait un test, un seau peut produire jusqu’à 3 L de jus de Bokashi sur un mois. Don il y a de quoi faire pour arroser ses plantes.

Cercle vertueux compostage
Le cercle vertueux du compostage Bokashi: from food to soil to food. Crédit photo: Stefania Cao

Les points clés à retenir c’est un apport d’activateur à chaque apport d’aliment est toujours bien refermer le bokashi. C’est une fermentation anaérobie donc en absence d’oxygène, c’est pour ça qu’on va toujours bien le refermer et refermer son sac d’activateur.

C’était la première étape. Quand on arrive à avoir rempli complètement son seau jusqu’au bout, si on a un compost de quartier on peut aller le vider là-bas en ayant récupéré son jus. Si on a la possibilité de faire le mélange de terre, on laissera le premier seau reposer fermé et on va juste continuer à drainer le jus. Pendant ce temps, on peut remplir un 2e seau, quand le 2e est plein on vide le premier et c’est là qu’on fait la technique du sandwich. C’est-à-dire, dans un vase, un pot ou une jardinière, on met de la terre au fond qui peut être justement de la terre de récup comme le vieux terreau des jardinières plein de racines, une couche au-dessus du même volume de matière fermentée et on remue bien les 2. L’idée est de venir enrober du terreau les morceaux de matière fermentée. On rajoute une couche au-dessus avec de la terre sans la mélanger et ça va faire office de couvercle.

Si vous faites ça en extérieur donc dans un vase, il faut qu’il y ait un trou d’écoulement, parce que s’il pleut dedans, il faut que l’eau puisse s’échapper. Ça doit rester humide, mais pas être détrempé. Il faut aussi que la terre reste un peu fraîche, parce que si ça sèche trop la matière ne va plus se transformer. Quand il fait bon, donc de mars à octobre, en un mois ce mélange de terre et de bokashi sera complètement transformé en terreau. C’est super rapide et c’est un vrai terreau, ce n’est pas un compost qu’il faut rediluez. C’est de la terre, que vous pouvez utiliser tout de suite pour planter ou rempoter.

Mélissandre : C’est vraiment très intéressant, pour ceux qui voudraient se lancer, ça vous permet de ne plus avoir vos déchets organiques (pour ceux qui sont dans une démarche zéro déchet) et le bokashi produit lui-même quelque chose qui est utile à la fin. Comme tu l’as dit, pour refaire du terreau, pour nourrir les plantes et ça reprend le cycle de la vie en fait.

William : C’est vraiment un cercle vertueux.

Stefania Cao : C’est ça, la petite ligne en dessous quand j’ai fait le bokashi compost c’est « from food to soil to food ». C’est la boucle de l’aliment qui retourne à la terre, pour reproduire un aliment. Le truc génial, c’est quand on commence à faire son propre terreau et on sème jusque quelques petites salades ou du persil tout simplement, on se rend compte de l’utilité de la chose et ça déclenche pas mal de déclics aussi.

William : Avant de continuer, je voulais revenir sur l’étape où on vient faire les couches dans notre bocal. C’est une question qu’on se posait avec Mélissandre, dans une couche où il y a beaucoup d’agrumes, doit-on mettre de la matière sèche pour compenser le jus ?

Stefania Cao : Alors, ça peut être utile pour l’odeur. C’est-à-dire, qu’il y a certains aliments qui vont sentir plus fort ou effectivement produire plus d’humidité et de condensation. La condensation est liée à l’odeur. Si vous avez des gouttelettes qui se forment en dessous de votre couvercle, c’est parce qu’effectivement il y a trop d’humidité. Dans ce cas-là, ça peut avoir du sens de mettre du carton, le carton des œufs ou du papier dedans. On peut mettre jusqu’à 10% de papier ou de carton dans son Bokashi.
Cela aura 2 effets, ça va absorber l’humidité mais vous aurez moins de jus qui va se former parce que le carton et le papier vont le retenir. C’est très utile quand on fait le mélange après dans la terre, parce qu’on aura déjà apporté une partie carbonée. Quand on vide le digestat dans la terre, les vers vont adorer qu’il y ait aussi du carton. Ça va accélérer et équilibrer aussi le terreau, mais l’ajout de papier n’est pas indispensable. Moi je fais souvent des seaux uniquement de Bokashi avec des restes d’aliments.

La question par contre du mono aliment est très pertinente. Par exemple, vous faites un brunch avec 40 oranges, alors il est tout à fait possible de faire des seaux mono-aliment. Si l’idée est de l’utiliser pour produire son terreau, au plus le contenu du seau est varié, au mieux ce sera pour le résultat final. La question de l’acidité, ça n’est pas un problème en soi, parce que le Bokashi va tout acidifier. La fermentation fait descendre l’acidité entre 3 et 4. C’est l’équivalent du vinaigre, donc le concept de l’acidité par rapport à un compost traditionnel ici n’est pas pertinent. C’est clair c’est comme pour tout, le plus c’est varié, le mieux c’est. Ne vous tracassez pas si pour une fois vous avez 1/3 du seau qui est fait d’oranges ou d’un autre aliment, ce n’est pas un souci.

Mélissandre :  D’accord, c’est l’approche de la période des oranges on va y penser.

Stefania Cao : Ce que je conseille par contre, c’est vraiment les oranges et les citrons de les couper en quartiers. De cette manière, ils vont fermenter plus rapidement. Ensuite les oranges, ont des huiles essentielles naturelles qui sont antis bactériennes en soi et elles sont souvent aussi traitées. La grande force des micro-organismes efficaces, est qu’ils vont tout manger et tout dégrader : les pesticides inclus. En tout cas, en coupant les oranges en morceaux au lieu de juste les empiler, les micro-organismes auront plus de surface d’attaque et ça va accélérer le processus.

L’aventure entrepreneuriale derrière Bokashi Compost

Comment est venu ce changement professionnel radical ?

Mélissandre : Pour ceux qui nous écoutent, vous l’aurez compris le bokashi c’est bien pour la maison, c’est pratique, le compostage des feignants ! Mais, c’est surtout bon pour la planète. Donc Stefania, tu nous as déjà un peu expliqué pourquoi. C’est un gros cercle vertueux, disons que redonner à la terre, ça nous redonnera nous aussi d’une manière ou d’une autre.

Maintenant, ce qui serait intéressant, comme tu as créé Bokashi Compost, c’est d’échanger un petit peu sur ta partie entrepreneuriale. En venant du marketing, comme tu nous l’as dit, de grosses industries, pourquoi tu t’es dit « je vais créer une boîte dans le compost bokashi » ?

Stefania Cao : Là je me marre, parce qu’en fait, c’est le travail d’une vie ! Je travaillais pour cette agence, j’ai eu un gros burn out en 2 étapes. Le premier était physique parce que j’avais une vie de dingue. Je voyageais énormément. La 2e étape par contre était un burn out de valeurs. C’est-à-dire, que je me suis au fil des années rendue compte qu’en fait je travaillais pour ces entreprises, desquelles j’essayais de me désenclencher au niveau consommation. Je ne voulais plus donner mon énergie à des entreprises qui ne prenaient pas conscience de l’impact environnemental qu’elles avaient.

Quand on est dirigeant d’entreprise, parce que je gérais cette agence, c’est très difficile quand on n’y croit plus soi-même de convaincre les autres à faire quelque chose. Le résultat est que j’ai quitté la boîte, j’ai trouvé quelqu’un qui m’a remplacée et j’ai pris une année sabbatique. Une année pendant laquelle j’ai un peu réfléchi, à ce que je pouvais faire moi, quels sont mes talents et comment je peux les utiliser pour faire quelque qui a du sens pour moi et qui peut avoir un impact si petit soit il en termes de colibri sur mon environnement.

Puis, tout d’un coup, c’est en essayant le Bokashi, en me rendant compte par moi-même des résultats, que je me suis dit que je voulais faire ça. A un moment, je me suis rendue compte, qu’il n’y avait pas d’info, qu’il y avait très peu de communication, qu’il n’y avait pas un endroit pour le trouver. Moi, j’ai galéré la première fois pour trouver des seaux ! Il n’y avait pas d’instructions, on ne savait pas comment faire et il fallait tester.

Stefania Cao
Stefania Cao créatrice de Bokashi Compost. Crédit photo: Stefania Cao

L’avantage, c’est que j’avais aussi tout le background de pharmacienne et toute la partie de biologie et de microbiologie de santé. Donc, il y a toute une série de choses qui disait que c’est la bonne combinaison de compétences et de savoirs. Avec le marketing, je vais mettre les techniques que j’ai apprises au service de quelque chose qui pour moi a du sens. C’est comme ça qu’est né Bokashi Compost en tant que marque. J’ai aussi réfléchi au nom, le logo c’est une petite fleur qui est un peu circulaire donc ça rappelle la nature, mais c’est le cycle aussi des aliments et de la matière organique.

Donc c’est comme ça que je me suis lancée toute seule, ça fait maintenant 3 ans. J’ai commencé avec mes seaux devant un marché bio qui vendait du vrac, je leur ai demandé si je pouvais faire ma démo et c’est comme ça que j’ai commencé. A l’époque, je n’avais même pas le site, ça c’est venu par la suite. Je me suis lancée en réfléchissant par contre à chaque étape, est-ce que je veux être financée par des banques, ou est-ce que je veux grandir de façon organique ?  Quel type de marketing je veux utiliser ? J’ai tout axé sur la satisfaction du consommateur et l’accompagnement aux gens pour qu’ils aient une bonne expérience. Le produit, lui il est génial ! Une fois qu’on a la bonne explication sur comment l’utiliser, ça simplifie la vie, ça a plein de positif. Ce sont finalement les consommateurs, qui deviennent les ambassadeurs de la technique et qui la diffusent. En 3 ans, je n’ai pratiquement pas fait de pub payée.

C’est dans l’ADN de la boîte, que j’ai inséré cette dimension de durabilité et d’éthique. Quand j’ai dû choisir entre les différents fournisseurs de seaux en plastique, j’ai fait un choix qui n’était pas forcément le moins cher mais c’est une entreprise qui est basée en Europe. Les seaux, que je vends sont tous en plastique recyclé. J’ai sélectionné cette entreprise aussi parce que les pièces détachées étaient disponibles. On peut changer chaque élément du seau pour avoir un seau à Bokashi qui est pratiquement increvable. Il n’y a pas d’obsolescence programmée. Il y en a d’autres, on casse le robinet, vous pouvez racheter tout le seau à bokashi !

C’est une réflexion, qui a été faite. Mes fournisseurs sont tous européens, ça ne dépend pas d’Arabie Saoudite. Il y en a plein sur le marché, on serait étonné de comment ces produits se font passer pour français. J’ai eu quelques discussions enflammées sur des groupes Facebook sur le sujet.

Chacun fait ses choix, moi j’ai fait les miens et ils correspondent aux valeurs que j’ai voulu infuser. C’est aussi le cas dans l’accompagnement aux personnes qui après font le Bokashi. La plupart de mon temps, je le passe à répondre à des personnes qui se lancent, qui ont des doutes, ou qui ont acheté ailleurs avec pas les bonnes instructions. Ce que j’ai fait, j’ai développé un petit guide qui est uniquement dans le seau que je vends. Il y a pas à pas, tout ce qu’il faut pour avoir une bonne expérience. Il y a un lien vers les vidéos YouTube, il y a tous les canaux de communication s’il y a une question, je réponds même le dimanche ! Bon ça, il faut que je recadre un peu.

Ça a été une aventure, je me suis lancée, j’ai appris énormément sur le tas et je continue encore. J’ai de temps en temps quelqu’un qui vient m’aider. L’idée c’était d’apporter quelque chose de différent d’Amazon et des autres solutions. Pour plusieurs raisons, une c’est le contact humain, l’autre c’est parce qu’il y a une écologie de produit mais aussi une écologie conceptuelle. On ne se rend pas compte, mais si on va acheter ou faire profiter de notre business à notre voisin ont créé de la valeur ajoutée qui reste là. C’est de l’argent qui va lui permettre de vivre et pas de continuer à remplir les poches d’actionnaires. Donc ça va plus loin que simplement le Bokashi en soi.

C’est un peu mon profil d’entrepreneuse, avec des valeurs et parfois un peu bornée pour certains choix mais il y a des raisons. Moi ça me convient et sur le long terme, ça paye parce que les gens voient la différence. Ceux qui sont sensibles ou qui s’en rendent compte après c’est chouette. C’est une très belle aventure.

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« Le plus beau cadeau sont les centaines de personnes magnifiques que je croise et que je rencontre du fait de travailler avec la terre »

William : Il y a eu ce déclic avec le passé, ensuite cette petite remise en question, puis la création de cette entreprise, pour toi qu’est-ce que ça a apporté ce changement de vie personnel puis professionnel ?

Stefania Cao : Professionnel, c’est que je suis repartie à 0 ! Ce sont des belles satisfactions et des grosses frayeurs aussi, dans le sens que la vie de l’entrepreneur n’est pas toujours facile. C’est très fluctuant, donc on a des moments de de joie immense et puis on a des moments de grosse panique. Est-ce que je vais arriver à payer mes factures à la fin du mois ? Ça fait partie du jeu ! C’est une grande liberté, mais pour moi le plus beau cadeau a été et continue d’être les centaines de personnes magnifiques que je croise et que je rencontre du fait de travailler avec la terre pour un demain meilleur.

Les personnes avec qui je travaille professionnellement ou certains clients sont devenus des amis très proches. Ça change, il y a un diapason, une connexion humaine qui change complètement. Je peux vous garantir que c’est un monde complètement différent de la publicité. Chacun son truc, moi je suis heureuse d’avoir fait ce changement, et c’est de la nourriture humaine avant tout.

Mélissandre : C’est super en fait de voir que quelqu’un qui vient d’un milieu plus consumériste arrive à faire une aventure entrepreneuriale comme ça. Aujourd’hui, tu en tires tous les bénéfices, humains, de valeurs et puis tu es en accord avec toi-même surtout.  Du coup quelles sont les prochaines étapes de Bokashi compost s’il y en a, ou tes ambitions sur ce projet ?

Stefania Cao : Les ambitions j’en ai des énormes ! Je reste avec un projet, j’ai envie en collaboration avec une mairie, d’avoir un quartier ou une rue qui serait soutenu pour être équipé de Bokashi partout avec la possibilité d’identifier des micro sites de compostage Bokashi de quartier. Je l’ai déjà fait, mais développer des boucles restaurants maraichers. Le restaurant qui achète chez le maraîcher bio, et qui après lui renvoie ses déchets Bokashi. Mon grand souhait, c’est de pouvoir faire ça à une échelle un peu plus large parce que la technique y est. L’autre, c’est de m’élargir. Je suis italienne, donc il y a un projet dans le tiroir avec l’Italie.

Au départ moi, quand je me suis lancée, je m’étais dit que mon objectif était surtout de faire connaître la technique.  Alors, évidemment il faut pouvoir en vivre, ce qui est un peu limite mais j’y arrive tout doucement. Mais si j’ai comme mérite le fait de diffuser et de faire en sorte, qu’il y en a d’autres qui recommandent à leur tour et que cette technique géniale prenne sa place dans le quotidien des gens je serais heureuse.

Experte en Bokashi mais écolo imparfaite

Mélissandre : Super, écoute je te propose comme on a beaucoup échangé sur ton expérience, qu’on termine par 2 questions. La première c’est, avec le Bokashi est ce que tu as eu une expérience ratée ou quelque chose d’un peu drôle qui te serait arrivé à raconter ? Maintenant tu es une professionnelle, mais bon on commence tous par quelque chose !

Stefania Cao :  Ça arrive tout le temps ! Je vous parlais avant quand on fait le mélange terre et Bokashi. Si on a un bac qui n’a pas de trou, c’est une odeur horrible. En fait ça pourrit et ça fait un mélange horribilissime, je déconseille vivement. Quand vous mettez votre bac à l’extérieur il faut qu’il y ait des trous de drainage ! Ce qui s’est passé, c’est qu’à la fin, j’ai vidé ce truc au fond du jardin et je l’ai oublié là. Quand je l’ai découvert, c’était catastrophique. L’odeur est juste infecte parce qu’il n’y a ni la fermentation ni la dégradation, mais il y a il y a un truc au milieu qui se passe que je n’ai pas identifié et que je ne vais pas essayer de reproduire !

Par contre il y a une autre surprise que je trouve sympas.  J’avais vu un documentaire sur Arte sur le blob. Je ne sais pas si vous savez ce que c’est le blob ? C’est un organisme unicellulaire, donc c’est une seule cellule qui se développe comment un champignon jaune. Ça bouge, ça fait des tentacules, vous pouvez le googler. J’ai eu un blob dans un de ces bacs. Donc il y a eu cette espèce de champignon, qui est jaune mais presque jaune citron ça se voit. Au début il y avait quelques petits points, et puis ça a commencé vraiment à s’étaler. C’est un organisme qui est presque indestructible, et qui migre et qui va se développer là où il y a des nutriments. Puis après, il va disparaître quand il n’y en a plus. Donc j’ai vu pour la première fois de ma vie un blob ! C’est assez frappant de voir un truc qui a fait l’objet d’un documentaire et qui n’est quand même pas courant au quotidien.

Pour le reste, j’ai vraiment mal traité mes bokashi, je les ai laissés là pendant 6 mois avant de les vider, je les ai laissé détremper, j’ai fait les choses qu’il ne faut pas faire ! Ne pas drainer, mettre les mains dedans, j’ai tout fait ! Finalement ça va, il n’y a pas eu de grosse catastrophe. C’est pour ça aussi, que je me suis dit que si j’avais fait les pires expériences et que ça marche quand même, bon ça devrait aller pour les autres. Je ne sais pas si vous aviez une autre question ?

William : On allait enchaîner justement ! Pour finir cette interview, la question Bad facs, on va parler un peu du côté écolo imparfaite.  On allait te demander, si tu as toujours des gestes pas très écolos que tu fais ?

Stefania Cao : Alors moi je mange super sainement, je fais mon pain et tout mais j’ai un point faible auquel malheureusement il n’y a pas d’équivalent zéro déchet… Les chips ! Les chips de temps en temps et bien que le sac ne soit pas recyclable ni réutilisable. Je sais que c’est le pire des matériaux les films comme ça, mais là je craque c’est un de mes côtés imparfaits parce qu’il y en a d’autres Voilà, c’est ce qu’on disait avant, l’idée c’est du 80/20, faire 80% bien et les chips sont les 20%. J’ai réfléchi, mais bon vous avez vu vous des chips en vrac au supermarché ?

Mélissandre : non c’est vrai qu’on n’en trouve pas et à faire soi-même le goût n’y ait pas forcément.

Stefania Cao : Oui et l’autre truc de temps en temps c’est aussi le côté italien à nouveau, le jambon cru. Si on n’a pas l’épicier qui a le jambon entier et qui peut vous le couper ça vient en barquette en plastique et ça ce n’est pas génial. Mais bon voilà, ça fait partie de mon 20%.  Je peux gérer ça avec moi, parce que finalement c’est toujours une discussion avec soi-même.

Mélissandre : C’est ça et c’est important, c’est pour ça qu’on pose la question. On veut montrer aux gens que même en ayant une entreprise de Bokashi, en étant super écologique, en ayant fait un changement de vie radical, on peut être écolo au quotidien et pour autant on n’a pas besoin d’être parfait.  De toute façon, l’écologie parfaite, c’est un peu extrême et ça n’existe pas.

Stefania Cao : C’est important d’être gentil avec soi-même aussi par rapport à ça et de ne pas se culpabiliser. Tout en faisant chaque jour un petit pas en plus !

William : Vaut mieux les petits pas que des gros pas et se brûler les ailes pour ensuite revenir en arrière.

Stefania Cao : Exact. C’est aussi, que les habitudes je trouve qu’elles s’intègrent au fur et à mesure. Pour revenir au Bokashi, ça implique un changement. C’est un changement de gestion de nos déchets, même s’il est plus simple pour certains aspects par rapport à ce qu’on fait normalement, mais c’est juste que c’est un changement et donc il faut les faire un à la fois. Sinon, on se retrouve complètement paumé et on laisse tomber si on essaie de trop faire en une fois. C’est dommage après de laisser tomber parce qu’on se trouve dépassé par tout ce qu’il y a à faire. Ayez confiance en vous, faites un petit pas à la fois !

Le mot de la fin

Mélissandre : Est-ce que tu avais quelque chose à rajouter après tous ces bons conseils ?

Stefania Cao : Juste que je suis ravie d’avoir fait cette interview avec vous, parce que c’est un vrai échange. Si une autre fois vous avez d’autres sujets à proposer, je serai ravie aussi ! Et sinon je vous souhaite beaucoup beaucoup de chance parce que c’est grâce à des personnes comme vous que les choses changent aussi. Vous portez, vous rendez accessible aux personnes qui se lancent ou qui ont des questions, l’information choisie qui va les aider à faire le pas. Donc bravo à vous !

William : Merci aussi de ce que tu fais.

Mélissandre : Pour tous ceux qui voudraient s’intéresser au Bokashi et qui voudraient peut-être acquérir un Bokashi, on vous mettra le lien en article ou dans la description pour que vous puissiez voir le site de Stefania et je crois que tu as aussi un blog ?

Stefania : Oui absolument, il y a une partie blog. C’est bokashicompost.be, évidemment il y a tout en français. Il y a une partie blog avec des éléments et il y a une page Facebook et un groupe Facebook spécifiques : « moi je bokashi compost » pour les questions plus pointues. Sinon, comme je le disais, vous pouvez me contacter que ce soit par le chat du site, il y a Insta aussi. Si vous avez des questions vous êtes les bienvenus, je suis ravie de répondre !

Mélissandre : OK super, on transmettra toutes tes infos dans les liens de cette interview merci beaucoup ! On te dit à bientôt !

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