inès moreau Les Petits Gestes
Portraits d'Écolos Imparfaits

Portrait d’Inès Moreau, qui se cache derrière Les Petits Gestes ?

Il y a 3 ans, Inès fait un voyage en Asie du Sud-Est et y découvre la dramatique réalité de la gestion des déchets plastiques. Elle reviendra profondément changée et décide alors de lancer son compte Instagram pour diffuser son chemin sur l’écologie au quotidien. 3 ans plus tard, son compte a plus de 60 000 abonnés et Inès est auteure de 2 livres sur le sujet. Découvrez son parcours, les raisons de son déclic écolo et tous ses meilleurs conseils pour devenir plus écolo au quotidien. Dans ce podcast vous découvrirez aussi la réalité derrière l’écologie au quotidien, entre petits gestes, éco-anxiété et imperfections.
C’est une interview très riche et pleine de conseils si vous êtes en pleine transition écologique, retrouvez la transcription texte juste en dessous !

Pour retrouver Inès vous trouverez:

Qui se cache derrière « Les Petits Gestes »

Mélissandre : Bonjour à tous on est ravi aujourd’hui d’accueillir Inès Moreau avec nous. Inès est l’auteure des petits gestes, Les Petits Gestes, le compte Instagram et le blog. C’est aussi l’auteur de 2 livres : je fais tout moi-même aux éditions Albin Michel. Nous sommes avec Inès aujourd’hui pour discuter un petit peu de son quotidien écolo. Comme nous sommes Les Écolos Imparfaits, le côté écolo imparfaite aussi. Est-ce que tu peux te présenter un petit peu à tout le monde et puis nous dire qui se cache derrière les petits gestes ?

Inès Moreau : Oui bien sûr, déjà merci beaucoup de m’avoir invitée et je pense que tu as pas mal résumé ce que je fais en ce moment. Je m’appelle Inès Moreau, j’ai 29 ans, ça fait 3 ans maintenant que j’ai créé le compte Instagram Les Petits Gestes. Le blog par la suite pour relayer un petit peu le travail que je fais sur Instagram pour qu’il soit plus accessible. Au printemps dernier, du coup tout récemment, j’ai sorti les 2 livres dont tu as parlé avec des recettes pour faire soi-même les produits ménagers au quotidien et des produits de beauté et d’hygiène pour homme, pour femme, pour enfant, pour tout le monde !

Mon but c’est vraiment de partager des astuces et des alternatives pour réduire son impact environnemental de manière très simple, très efficace et surtout comme tu le précisais sans culpabiliser les individus qui me suivent pour montrer qu’on est tous imparfaits, qu’on fait tous des erreurs et qu’on peut pas agir partout à la fois, mais que c’est pas grave. On peut quand même faire des petites choses et le but c’est d’avoir des prises de conscience et de prendre conscience de sa consommation. C’est à travers des messages comme ça que j’essaye voilà de motiver les gens à agir.

Mélissandre : D’accord, donc comment toi tu te placerais sur l’échelle de l’écolo ? On va dire l’écolo extrême tu es très très forte, un peu entre les 2 ?

Inès Moreau : Je pense que ça varie pas mal, ça dépend des périodes. Il y a des périodes où mon engagement est beaucoup plus fort parce que je ressens comme des injustices au niveau climatique ou des choses qui ne s’alignent pas forcément et là du coup j’ai envie d’agir. J’ai un côté un peu militantisme qui va ressortir, je vais prendre part à des opérations de désobéissance civile ou je vais aller manifester. Et il y a d’autres moments, où je suis peut-être un peu plus prise d’éco-anxiété ou de stress ou d’angoisse. A ce moment-là je vais plutôt être un peu chez moi à penser aux gestes quotidiens que je peux faire, à lire des choses un peu plus sur la sociologie pour essayer de comprendre les mécanismes humains. Enfin des choses comme ça, donc ça varie vraiment d’une période à l’autre en fonction de mon état du moment.

Globalement, je me considérerai toujours comme une écolo imparfaite parce que je pars du postulat qu’à partir du moment où on existe dans une société de consommation, on ne peut pas être écolo parfaitement à moins vraiment de se reculer de cette société là, de rentrer dans un système où on peut s’autogérer, s’auto alimenter et on sort des villes. J’espère peut-être un jour que c’est ce qui m’arrivera, si j’ai le courage de partir en tout cas de là où je suis mais c’est pas le cas pour le moment. Forcément je continue encore à consommer malgré tout.

Mélissandre : Je rebondis sur ce que tu dis, en fait c’est super intéressant parce que tu vois, toi tu es l’auteure d’un compte Instagram, il y a quand même beaucoup de gens qui te suivent, et au final tu montres aussi cet aspect-là. On peut être écolo, on peut faire des gestes au quotidien et pour autant on n’a pas besoin d’être tout en haut de l’échelle. Il n’y a pas un score on va dire de l’écologie : 20 sur 20. Il y a beaucoup de gens je pense qui s’identifient à ça et c’est une bonne chose parce que quand on commence à être écolo, il y a tellement de choses qui arrivent en même temps. On se dit, il y a ça, aussi ça, mais en fait je fais ça pas bien. C’est vrai que c’est super intéressant ce que tu dis, voilà on est écolo imparfait. Ton engagement varie aussi en fonction de comment toi tu te sens, ton humeur et des périodes. Je suppose que quand tu penses à Inès il y a 3 ans, tu n’avais pas du tout le même positionnement que ce que tu peux avoir aujourd’hui ?

Inès Moreau : Ah non pas du tout ! C’est venu comme tu dis vraiment crescendo. Aussi au fur à mesure, t’as des prises de conscience sur certains sujets et forcément ça te rajoute des choses à changer dans ton quotidien. Mais il y a 3 ans, j’étais pas du tout consciente de de tout ça. A la limite la seule chose que je faisais, déjà parce que c’était dans mon éducation, ça va être le tri sélectif ou faire un petit peu attention aux lumières et à la consommation d’eau. Je n’étais pas du tout dans une démarche de minimalisme, pas du tout dans une démarche zéro déchet, pas du tout à penser à revoir mes déplacements, que ce soit en voiture ou en avion. Ça, je n’en avais pas du tout conscience.

En fait, c’est là où il y a un réel problème aussi, c’est qu’on manque d’information et on n’est pas assez sensibilisés sur le sujet. C’est pour ça que moi, quand j’ai eu cette prise de conscience, je me suis dit : il faut partager massivement les messages, il faut que les gens aient accès à l’information ! Et c’est là où je me suis dit, Instagram c’est quand même un média qui est super, parce qu’il y a beaucoup de jeunes dessus, de plus en plus de de personnes y passent je ne sais pas combien d’heures au quotidien.  C’est pour ça que moi, je me suis lancée là-dessus aussi, mais c’est sûr qu’en 3 ans il y a tellement de choses qui ont changé.  Rien qu’au niveau global, je vois qu’il y a beaucoup plus de gens qui parlent du sujet et qui s’y intéressent. Beaucoup plus d’hommes aussi. Moi, ma communauté, elle était très féminine au départ, et là je vois qu’il y a enfin des mecs !

Mélissandre : Ah oui, regarde, il y en a un juste là !

Inès Moreau : Oui, c’est ça, c’est cool !

Comment un voyage peut tout changer, de zéro à auteure en 3 ans.

Mélissandre : Tu nous disais, du coup c’était il y a 3 ans, c’est quoi le moment déclencheur et c’est quoi qui a fait justement cette prise de conscience pour toi ?

Inès Moreau : En fait, quand j’ai fini mes études à Paris, j’ai commencé à travailler. J’ai eu un CDD à Paris, super voilà. Avec mon copain, on ne se sentait pas forcément très aligné à ce moment-là, on se disait : bon et bien on a trouvé un job, super, on a un appart, super, mais au final on ne se sent pas très épanoui. Donc on a décidé de tout quitter pour partir voyager un an. On est parti un an en Australie, où on a fait des petits boulots et on a voyagé et ensuite on a fait 3 mois en Asie. On a parcouru du coup différents pays en Asie du sud-est, on a fait la Birmanie, le Laos, et le Cambodge.

C’est vraiment là où en fait j’ai été un peu choquée de ce que j’ai vu. Parce que les paysages étaient incroyables, vraiment ils étaient magnifiques ! Mais à côté de ça, on a vu la partie qu’on ne voit pas du tout sur les photos et dans ce qu’on nous raconte dans les voyages : c’est les montagnes de plastique partout. C’est vraiment partout avec des déchets. Tu regardes à droite, il y a un temple magnifique, tu regardes à gauche et là t’as quelque chose aussi grand que le temple mais jonché de bouteilles, de plastique, de shampoing, de déchets en tout genre. C’est là où je me suis dit, mais en fait déjà eux les pauvres on leur envoie les plastiques des pays européens qu’on consomme et qu’on n’arrive pas à gérer. On les envoie chez eux, et en plus eux ils n’ont pas de filières de tri. Parfois, ils n’ont même pas d’autre choix que de consommer du plastique parce qu’ils n’ont pas accès à l’eau potable, donc ils consomment des bouteilles d’eau et des dizaines par jour et ils ne peuvent pas les recycler. Donc en fait, ils les laissent là. Quand tu discutes avec eux, ce qu’ils te racontent, c’est qu’ils attendent la saison des pluies pour que l’eau emporte tout sur le passage parce que ça disparaît de leur vue. Pour eux, ils se disent : bon bah voilà c’est bon c’est parti !

Mélissandre : Ah d’accord, si on ne le voit pas, ça n’existe plus en fait ?

Inès Moreau : C’est ça oui ! Et là c’était vraiment électrochoc dans mon cerveau. Ok ça va pas du tout, nous on a la chance d’avoir de l’eau potable, on a de la chance d’avoir des alternatives pour pas consommer ce plastique, là il faut qu’on fasse quelque chose pour ne pas avoir à leur faire subir ça aussi chez eux. Voilà comment est née ma grosse prise de conscience. Après, je me suis dit, bon bah aller, go Instagram, et puis ça fait hyper rapidement ! J’ai trouvé l’idée du compte, j’ai trouvé le nom, je me suis fait vite fait un petit logo et depuis j’ai jamais arrêté.

William : C’est super intéressant ce que tu dis parce que t’es la 2e personne que l’on interview qui nous dit, qu’en fait c’est en Asie du sud-est en voyant les montagnes de plastique que le déclic est venu.

Mélissandre : C’est effarant, parce que ça prouve bien à quel point, on n’a pas conscience de ce qu’on fait. Un truc tout simple, qui parait hyper anodin, comme jeter sa poubelle : je la mets dans le « bac de tri » et en fait les conséquences que ça peut avoir à l’autre bout du monde. Il y a aussi comment c’est géré à l’autre bout du monde, ils ont peut-être pas la même conscience écologique qu’on a ou c’est juste qu’ils ne peuvent pas se le permettre non plus parce que ce n’est pas le même niveau de de richesse tout simplement.

Inès Moreau : Ouais c’est choquant c’est ça.

L’importance des petits gestes au quotidien pour passer à l’action

William : La personne qu’on a interviewée, elle a eu le même déclic et sur le coup c’est marrant, c’est à travers un voyage que les gens ont cette prise de conscience. Sortir de sa zone, de son pays et voir comment c’est dans d’autres pays pour se rendre compte. C’est très intéressant d’avoir ton retour.
Suite à ça, est ce que ça toi ça t’a donné une phase d’éco-anxiété ou de détresse écologique on va dire ? Tout de suite ou ça a été progressif ?

Inès Moreau : En fait non. Ça a été un peu plus tard. Disons qu’au début j’étais vraiment dans l’optimisme : voilà il y a un souci et il y a des solutions qui existent déjà pour le résoudre donc je vais partir là-dessus. Je vais essayer de me nourrir d’informations et de partager tout ce que je peux là-dessus. En revanche quand tu mets vraiment le doigt dans l’engrenage, en fait tu te rends compte qu’il y a tellement d’autres sujets après qui sont liés. C’est là où j’ai commencé à vouloir m’informer encore plus, donc à lire les rapports du GIEC, à vraiment voir tellement d’informations sur les conséquences que ça va avoir au global sur le climat, sur la biodiversité, où là j’ai commencé à prendre peur en me disant « Ah bon donc c’est quand même super grave ! ». Est-ce que vraiment tous ces petits gestes qu’on va faire au quotidien, est-ce que ça va vraiment changer quelque chose au final ? Quand j’ai vu que ce n’était pas ce qui allait changer la face du monde, parce que c’est que 25% de réduction des émissions de gaz à effet de serre au global, c’est quand même 1/4 donc ce n’est pas énorme. C’est là où j’ai commencé à avoir de l’éco anxiété, en me disant « bon alors qu’est-ce qu’on peut faire d’autre, est ce que c’est foutu ? ».

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Au final après, je me suis rendue compte que oui y avait d’autres formes d’engagements, il y avait d’autres choses qu’on pouvait faire. C’est surtout que ce n’était pas qu’une responsabilité des individus. Nous on peut agir quand on a la force, quand on est dans des pays assez développés. On a aussi le temps de se soucier de ça, il y a d’autres pays qui ne le peuvent pas. Là où j’ai commencé à travailler sur mon éco anxiété, c’est surtout de me dire qu’on n’est pas que responsable. C’est le gouvernement, c’est les entreprises et c’est eux qu’il faut faire réagir, parce que c’est eux qui ont le plus de pouvoir pour changer les choses au final.

Mélissandre : C’est très vrai ce que tu disais justement le chiffre des 25%. Les gestes individuels au quotidien, en fait ils sont pas suffisants mais ils sont nécessaires. En effet la plus grosse part, bah c’est les entreprises, c’est le gouvernement. Je ne sais pas si tu connais le concept qu’on appelle le triangle de l’inaction. C’est que les individus pointent du doigt les entreprises et les politiques en disant « bah les politiques vu qu’on vous a élu, vous prenez pas de mesures et les entreprises produisent plein de déchets ». Mais les politiques et les entreprises disent la même chose sur les autres. Enfin bref, tout le monde se pointe du doigt et au final personne ne bouge. C’est ce qui se passe depuis des années. Quand on discute avec beaucoup de gens qui commencent à s’intéresser à l’écologie, tout de suite c’est « oui mais les industriels », « oui mais les politiques » et c’est là où ce que tu dis est très vrai. C’est qu’il faut réussir en tant qu’individu à faire un pas de côté et à dire « bah en fait, non, on n’est pas tout seul à être responsable mais je vais aussi prendre un petit peu ma part des choses et faire un petit peu ce que je peux ».

Inès Moreau : Tout à fait, mais il faut les faire (les écogestes) parce que de toute façon : de un ils sont nécessaires comme tu disais et de deux ils permettent d’avoir des prises de conscience. Ils permettent de se rendre compte, ils permettent de s’informer, de se sentir aligné avec ses valeurs et de se mettre en action. Pour éviter de sombrer aussi dans cette éco anxiété, c’est de ne pas se mettre la culpabilité sur soi et de pas chercher à être complètement parfait comme on disait au début. En se disant je fais ce que je peux même de manière imparfaite, parce qu’il y a une partie que je peux changer, mais je sais qu’au final la grosse partie ce n’est pas moi qui en suis responsable. Pour faire réagir ces responsables, ça passe aussi par moi, ça va passer par du boycott, ça va passer par des manifestations, par tellement d’outils différents. C’est sûr qu’ils sont nécessaires. Moi j’en suis plus que convaincue !

Mélissandre : C’est cool tu as répondu à une question qu’on voulait te poser ! Pourquoi c’est si important et du coup tu as tout résumé voilà. J’espère que les gens qui nous écoutent, au moins ça se diront, même si c’est des gestes qui ne vont pas avoir un poids phénoménal à la fin, au final si on les fait tous, ça fera quand même avancer le schmilblick !

Inès Moreau : Oui c’est ça puis il y aussi le pouvoir du collectif. Souvent on se dit que de manière individuelle ça ne représente pas grand-chose, mais en fait plus on est nombreux à agir, plus on a du poids en fait et plus l’impact sera énorme.

Des habitudes à déconstruire et une transition écologique pas à pas

Mélissandre : Exactement. On va peut-être parler un petit peu plus des éco gestes en tant que tels. Comme c’est ton domaine de prédilection et puis aussi pour donner un petit peu des conseils à ceux qui nous écoutent. Ceux qui pourraient bénéficier un petit peu de toi, ton retour comme ça fait 3 ans qui tu es dedans en fait. Comme tu l’as dit, tu t’es beaucoup renseigné sur le sujet et tu as mis des choses en pratique, etc.

William :  Pour toi, ça a été quoi gestes écolos à mettre en place, on va dire les plus simples et les plus impactant dès le départ à son échelle ?

Inès Moreau : Ceux que j’ai fait au départ, n’étaient pas forcément les plus impactant, mais c’était ce qui était le plus simple quand on veut changer son quotidien. Donc, j’ai commencé par me lancer dans une démarche zéro déchet. En tout cas, avoir comme objectif d’y arriver un jour parce que c’est un chemin très long ! Du coup arrêter d’acheter des emballages, essayer de privilégier le vrac, de réduire ma consommation globale, que ce soit alimentaire ou même non alimentaire.
Ma consommation de vêtements, d’objets en tout genre, d’acheter plutôt de l’occasion quand je peux pour éviter de produire du neuf qui utilise des ressources nouvelles. Tout ce qui est alimentaire, donc acheter des fruits et légumes locaux, de saison, et réduire ma consommation de viande. Ça, c’était ce que j’ai fait au début, je l’ai fait vraiment de manière très progressive un petit peu dans l’ordre que j’ai énoncé. Le fait d’arrêter de manger de produits d’origine animale, ça c’est venu un petit peu en dernier, je vais dire il y a peut-être 2 ans un truc comme ça. Ça fait 2 ans que je suis végétarienne maintenant, c’était un peu plus compliqué pour moi parce qu’au départ c’était pas ce qui me semblait le plus simple à faire et même le plus lié finalement à l’environnement. Ça j’en ai pris conscience que beaucoup plus tard, alors qu’en fait maintenant quand on regarde justement des statistiques de quels sont les petits gestes les plus efficaces c’est le régime végétarien qui arrive en premier. Mais ça c’est difficile, parce qu’on a tellement été habitué, enfin je ne sais pas vous, mais moi en tout cas dans mon éducation, c’était « faut manger de la viande au moins tous les jours si ce n’est à chaque repas pour avoir des protéines ». A déconstruire c’était compliqué.

Mélissandre : C’est ça, c’est déconstruire des schémas qu’on nous inculque depuis qu’on est tous petits. Moi c’était « faut que tu ais de la force donc faut manger de la viande ». Avec nos parents, on a mangé de la viande à tous les repas et quand on leur dit qu’on est végétarien ils nous regardent bizarre. C’est presque une excentricité tu sais !

Inès Moreau :  Oui après c’est « c’est compliqué, du coup si on t’invite à manger, qu’est-ce qu’on va te faire à manger ? »

William : Alors que c’est super simple.

Mélissandre : Je pense que c’est aussi qu’on n’a pas la même relation nous aujourd’hui à tous les élevages et à la viande que peuvent avoir les anciennes générations. Moi ce qui m’a vraiment marqué, c’est avec mes grands-parents. Mes grands-parents, sont assez vieux, ils ont vécu la 2nde guerre mondiale, les privations, ces trucs là. En fait, quand tu leur parle de la viande, moi ma grand-mère, quand elle a appris que ma petite sœur et moi on était sur une pente végétarienne, elle nous a regarder en mode « mais pourquoi en fait ». Et elle a dit « tu vois moi j’ai 92 ans, je suis encore là c’est parce que j’ai mangé de la viande toute ma vie ». Je pense qu’il n’y a pas le bon lien de cause à effet en fait là.

Inès Moreau : C’est clair, mais c’est hyper dur pour eux de se rendre compte. Ils disent « Ah ouais mais là ce que vous faites, c’est un retour en arrière, vous vous privez de machin ». Mais en fait, non. C’est juste qu’on a un niveau d’information qui est tellement supérieure à ce qu’il y avait avant, maintenant on sait ce qui se passe dans les abattages, on sait ce qui se passe dans les élevages et on sait comment les animaux sont traités. Il y a même des études maintenant qui montrent ce que ressentent les animaux, chose qu’on ne savait pas avant. Donc forcément tant que t’as des œillères et que tu ne sais pas, tu ne vois pas le problème et tu ne te rends pas compte. Maintenant qu’on sait, qu’on voit, moi en tout cas ça me fait tellement mal au cœur, que c’est impossible pour moi de continuer à manger des animaux sachant tout ce que je sais.

Mélissandre : Bien sûr il y a le bien-être animal qui rentre en jeu, mais c’est vrai qu’en fait être végétarien, il y a aussi quand on se rend des enjeux climatiques on va dire. Il y a plus de 3/4 des terres cultivées, c’est pour les animaux, pour les nourrir et pour faire de la place.  Ce qu’on voit aux États-Unis, tous les élevages bovins qui sont parqués. En fait ¾, ce qu’on pourrait cultiver pour faire autre chose, pour nourrir la famine dans le monde, pour planter, tout ce que tu veux, bah en fait ça va être pour nourrir la production de viande. Pour tous les gens justement, qui mangent viande à tous les repas, matin, midi et soir. Comme tu dis, ça c’est le truc le plus dur à mettre en place, nous on a fait ça aussi sur le tard et on l’a fait très progressivement. Ça nous a pris quand même pas mal de temps aussi à sortir des produits animaliers.

William : Après, nous on a fait ça et ça nous a permis aussi de découvrir une nouvelle façon de s’alimenter et de prendre soin de sa santé différemment. Et on se rend compte, moi pour ma part et je pense aussi pour Mélissandre, de devenir végétarien ou même pour certains d’être végan c’est peut-être, on va dire une alimentation qui correspond mieux à des gens. Enfin moi je sais en tout cas que je me sens mieux par rapport à avant où je consommais beaucoup plus de viande.

Inès Moreau : Oui, ça t’oblige à repenser à ton alimentation, à découvrir aussi d’autres aliments, manger plus de légumes et tout ça. C’est sûr que ça a été bénéfique sur tellement de plans, puis quand tu contrôles un petit peu, moi je n’ai jamais été en anémie, je n’ai jamais été malade. J’ai reçu beaucoup de fausses idées là-dessus.

William : Petite question, comment ça a été accepté par ta famille ce virage on va dire ? Ça a été bien accepté au niveau de la viande, de ton régime alimentaire, de ton changement de vie ?

Inès Moreau : Si on parle juste de régime alimentaire, au niveau de la viande ce n’est toujours pas accepté. Dès que je vais chez mes parents tu peux être sûr qu’ils oublient. Alors je ne sais pas comment ils font pour oublier que je suis végétarienne, mais sur qu’ils vont préparer de la viande. Donc ce n’est toujours pas rentré dans leur tête. En revanche pour le reste au début j’étais un peu prise comme une folle, enfin gentiment, « mais en fait c’est une nouvelle lubie », « c’est un truc un peu à la mode voilà », « c’est un truc un peu bobo ». Donc ça c’était vraiment au début, c’était pris comme ça.  

Au final je me disais, mais je ne vais jamais réussir à avoir de discussion sérieuse avec eux. Je ne vais jamais réussir à les sensibiliser. Je pense que c’était juste un processus très long à accepter et la petite graine peut être que j’ai planté il y a 3 ans dans leur tête en leur montrant que je pouvais avoir un mode de vie différent, je vois que là maintenant 3 ans après elle est tout juste en train de germer.  Je vois qu’il commence à avoir des réflexes d’eux-mêmes alors que je ne les ai vraiment forcés à rien. Je n’ai jamais mis la pression sur ma famille, sur mes amis un peu plus parce que je pense que y a un potentiel. Sur ma famille je me suis toujours dit : c’est mort ils ne changeront pas, c’est trop ancré chez eux. Là maintenant, je vois que d’eux-mêmes ils ont des réflexes à se dire : « Ah bah tiens est ce que tu connaîtrais une marque française ou éthique qui fabriquait ce genre de choses, parce que j’aimerais bien trouver » ou « Est-ce qu’il y a des livres d’occasion qui existent et si oui, où est-ce que je peux les trouver ? » ou « regarde j’ai acheté des clémentines qui viennent de France ce n’est pas d’Espagne ».

C’est des petites choses où je vois que finalement ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Maintenant c’est un peu plus accepté, pas comme un exemple parce que ça paraîtrait un peu prétentieux de dire que pour eux je suis un exemple, mais leur montrer que c’est possible. Que c’est accessible, et en tout cas beaucoup moins sectaire que comme il me voyait il y a 3 ans.

Mélissandre : Oui on voit très bien. On parle en notre expérience, moi plutôt du côté de ma famille à chaque fois que je reviens c’est « fait pas ça elle va dire quelque chose ». Je suis un peu montrée du doigt comme si c’était nous les extraterrestres. Comme tu disais comme si on était sectaire. C’est du genre au repas de famille, ils te regardent tous en attendant tes réactions. C’est parce que toi tu ne le dis pas à voix haute, mais bien sûr tu notes des trucs. Tu te dis les bouteilles à table en plastique ce n’était pas nécessaire, les rôtis pour 5 personnes ce n’était pas nécessaire. Moi ça a été plutôt mon expérience. William je ne sais pas trop par rapport à ses parents.

William : Après moi, ils n’en parlent pas trop. Mais je pense qu’ils voient bien. On ne parle en parle pas vraiment souvent de ce genre de sujet. Il se disent plutôt que c’est Mélissandre qui est dans cette démarche. J’essaie de ne pas non plus être moralisateur avec eux.

Inès : Oui, je pense que ce n’est pas très utile au final. Il vaut mieux essayer de planter des petites idées comme ça.

William : Nous ce qu’on a fait par contre, on les a invités chez nous et on leur a montré comment on fonctionnait chez nous. Je pense que ça, ça a peut-être été un élément qui a mis la petite graine pour déjà inciter les gens à faire quelques gestes pourquoi pas de leur côté. Pour l’instant je ne suis pas retourné chez mes parents donc on verra bien s’il y a eu des changements.

Inès Moreau : C’est là que ce que tu disais aussi c’était intéressant. C’est qu’en fait, quand t’es invité chez des gens et par exemple il y a des bouteilles en plastique, quand toi tu te fais la remarque mais que personne d’autre s’en rend compte. C’est là où tu te dis :  « Ah ouais quand même il y a du boulot ». Mais là où tu vois quand ça change, c’est que parfois moi c’est les autres qui me font la remarque. En mode « Oh je suis désolé », je me dit « okay j’ai rien dit j’ai absolument rien montré ». Mais la réflexion vient d’eux donc ça veut dire que c’est quand même en train de rentrer comme une prise de conscience. Le prochain pas pour eu, ce sera quand ils seront dans un rayon de supermarché par exemple de ne plus acheter tel truc et de se dire, maintenant j’ai autre chose.

Mélissandre : Oui c’est aussi gratifiant quand ça arrive. Moi c’est ma petite sœur qui a 18 ans, donc elle est assez jeune. C’est la génération où ils sont plus sensibilisés à tout ça. On n’est pas beaucoup plus vieux, on a 24 ans tu vois mais ils ont cette pression de se dire « bah mince les gars, ça va être à nous de gérer en fait là ». Ma petite sœur, elle est beaucoup plus réceptive à tout ça et des fois quand elle a fait des trucs pas écolos elle me regarde « mais non mais je te jure c’est une fois oui je suis désolé » ! C’est bien de réussir comme tu dis, parce que même si t’as planté la graine il y a 3 ans et il y a une répercussion au bout d’un moment, c’est qu’il y a quelque chose qui se passe.

Et du coup toi, on en a déjà un petit peu parlé, mais qu’est-ce que ça t’a apporté, quels sont les plus gros avantages disons dans ta vie de tous les jours d’être rentrée dans cette démarche des petits gestes, de la sensibilisation et de changer en fait ton rapport à ta consommation ?

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« Un alignement avec mes valeurs et mes convictions profondes »

Inès Moreau : Alors il y a plein de choses que ça m’a apporté. Je pense que déjà au niveau personnel ça m’a apporté un alignement avec mes valeurs et mes convictions profondes, là où parfois tu peux un peu de sentir en décalage parce que t’as des valeurs, t’es conscient des choses et t’agis pas et du coup t’as un espèce de mal-être qui se met en place parce que parce que justement t’es pas aligné. Et justement quand t’es aligné, t’as une espèce de sérénité où tu te dis, ben voilà j’agis en fonction de comment je pense que le monde devrait être. C’est quand même une très bonne sensation !

Après du coup ça m’a aussi permis de revoir ma vie entière, c’est à dire que comme j’avais une prise de conscience au niveau personnel, il fallait que je la traduise au niveau professionnel. C’est là où j’ai décidé aussi de changer de carrière. Quand je suis rentrée du coup de mon voyage j’aurais voulu trouver quelque chose dans le milieu, je ne sais pas de l’économie circulaire, un truc comme ça. Au final je me suis tournée vers l’associatif, donc j’ai rejoint l’entreprise enfin le l’association Unicef et j’y suis resté pendant 2 ans le temps justement de voir mon compte Instagram qui a pris pas mal d’ampleur. Là ça fait tout juste un an que j’ai quitté Unicef pour me dédier à temps plein à mon compte Instagram et à cette activité de sensibilisation. Mais du coup, là aussi ça m’a permis de revoir ma vie professionnelle, de revoir ce qui me rendait heureuse, qui ne me rendait pas heureuse et d’aligner encore ces valeurs-là.

Après je pense au niveau plus pratico pratique, être un peu dans la décroissance ou s’éloigner un peu de la société de consommation ça m’a fait économiser pas mal de sous que je peux utiliser pour d’autres choses, pour des expériences, pour aller voir ma famille en France, pour bouger un peu plus. Ça m’a aussi libéré du temps parce qu’au final tu te libères aussi de beaucoup de choses. Quand on parle de minimalisme c’est dans les objets mais aussi dans le temps. C’est s’accorder aussi plus de temps pour soi, faire du tri dans des relations peut être un peu toxiques, donc en fait tu te tournes aussi dans un côté un peu bien être. Je pense aussi au niveau de la santé, parce que quand tu fais attention comme on disait tout à l’heure à ton alimentation quand t’as plus de temps pour toi, je pense que ta santé aussi va mieux. J’ai l’impression d’avoir plus d’énergie, d’être moins malade et puis je me sens aussi en action et en mouvement. Je me sens prise tant au niveau individuel mais comme on est tellement nombreux à agir aussi au niveau collectif. Quand tu te tournes un peu vers des collectifs ou des associations, tu te sens aussi porté par un mouvement et t’as l’impression d’être dans le vif du sujet, de vivre pleinement ce que ta société est en train de vivre aujourd’hui, de faire part d’un mouvement positif et qui j’espère changera les choses prochainement. C’est hyper motivant et galvanisant je trouve.

Mélissandre : On ne peut que rejoindre tout ça. C’est surtout le fait d’être aligné avec soi-même et avec ses valeurs. Je parle peut-être pour moi mais j’ai l’impression qu’à partir du moment où j’ai entièrement assumé ce côté-là donc ce n’étaient plus des pensées, et que j’ai arrêté de me conformer à ce que la société nous imposait et je me suis dit « bah non moi je vais faire comme ça parce que c’est comme ça que ça devrait être », tout de suite ça a été mieux. Tout le stress, la dépression, ces trucs là ça a commencé à couler un peu parce que du coup c’est ce que tu dis, c’est se mettre en action. C’est un super remède aussi pour les gens qui sont aussi éco anxieux. Se mettre en action c’est vraiment nécessaire et faire partie des collectifs, de se retrouver avec d’autres gens, de rencontrer d’autres gens, parce que nous, ça nous a permis de rencontrer plein de monde qui ont les mêmes convictions. On ne serait pas là-dedans, on n’aurait jamais eu l’occasion d’échanger avec toi aujourd’hui !

Par où commencer ? Les conseils d’Inès

William : C’est vrai qu’en 3 ans, tu as pu déjà mettre en place beaucoup de choses : un côté associatif, un changement de carrière, du coup qui t’a permis aussi de passer à l’action et puis petit à petit on voit que tu as mis des gestes en place pour passer le pas et ensuite faire cette transition. Je pense que verrais toi aujourd’hui est celle d’il y a 3 ans ça ne serait plus la même, peut être tu serais choquée même ! Toi, si tu recommençais depuis le début, quels seraient tes meilleurs conseils à donner à quelqu’un qui commence pour débuter sa transition ?

Inès Moreau : Quelque chose que j’ai fait finalement assez tard mais je pense qui m’aurait servi au début, c’est de faire un bilan de son empreinte carbone. Il y a plein d’outils qui permettent de le calculer assez rapidement et en fait c’est hyper ludique. Ça va te poser des questions hyper pratico-pratiques, du genre « où est-ce que tu vas faire tes courses ? », « qu’est-ce que tu manges ? », « combien de kilomètres tu fais au quotidien ? ». Au final, ça te donne une image de là où tu en es par rapport à la moyenne des citoyens. L’empreinte carbone moyenne, elle est de 11 tonnes je crois et il faudrait qu’on arrive à 2 !

Mélissandre :  Oui, c’est ça, elle est estimée à 11,8 tonnes.

Inès Moreau : Voilà, et en fait moi je l’ai faite la dernière fois, je crois que c’était y a 6 mois ou un an, un truc comme ça. Je crois que j’étais à 6 ou 8, quelque chose comme ça et ça me paraissait déjà énorme en fait. Le truc qui est quand même hyper pratique c’est que ça te donne des conseils sur les plus gros postes de dépense. Ça te permet d’avoir un truc hyper personnalisé. Parce qu’en fait, comme on n’a pas tous les mêmes habitudes, c’est très difficile de donner des conseils et de dire « Ah bah tiens il faut avoir une meilleure alimentation, plus locale, plus machin ». Il y a des gens qui le mettent déjà en place. Je pense que le mieux c’est de vraiment faire un bilan de comment on vit et de trouver les catégories sur lesquelles on peut travailler.

Mélissandre : L’objectif 2 tonnes, c’est un objectif qui a été fixé pour rester en dessous de la barre des 2° lors des accords de Paris, en 2015. Il faut savoir qu’aujourd’hui on est en moyenne à 11,8 tonnes, on va dire 12 tonnes pour arrondir. Ça veut dire, qu’il faut diviser par 6 nos émissions individuelles, ce qui est quand même énorme ! Peut-être qu’en refaisant ton bilan tu serais plus basse aujourd’hui. Même en ayant une démarche éco-responsable, descendre à 2 tonnes, ce n’est pas que c’est impossible mais il ne faut pas non plus se mettre la rate au cours bouillon. Sur cet objectif de 2 tonnes, il faut savoir qu’il y a déjà je crois autour d’une tonne qui est comptabilisée pour les hôpitaux, les services publics etc. D’office, on a déjà un compteur qui est engagé avant même de rajouter nos déplacements, notre alimentation etc.

C’est pour ça, les 2 tonnes, c’est un objectif mais c’est aussi toute la société de consommation qu’il faut revoir et pas seulement les émissions individuelles. Ça fait quand même se rendre compte des postes individuels de dépense énergétique qu’on va avoir avec nos émissions. Par exemple si 50% de mes émissions, c’est la voiture, je vais peut-être faire en sorte de diminuer ou de faire autre chose.

Inès Moreau : Et encore, ça peut tellement varier d’une personne qui habite à la campagne, d’une personne qui habite en ville, y’a des transports, ça dépend de tellement de choses. C’est pour ça, que c’est difficile de donner des conseils on va dire généraux comme ça pour se lancer. Je pense qu’il vaut mieux faire un bilan comme ça, c’est complètement gratuit et il y a des outils vraiment partout pour le faire.
Moi j’aime bien les choses un peu ludiques, parce que je pense que la sensibilisation peut être fun et peut passer par des moments sympas. J’ai fait aussi ce qu’on appelle la fresque du climat.

Mélissandre : Ah, je suis contente que tu en parles, j’allais t’en parler ! Je suis animatrice de la fresque justement.

Inès Moreau : Je trouve ça génial pour sensibiliser !

Mélissandre : Oui !  Quand je le fais avec les participants, en général ils ne se rendent pas compte à quel point les liens de cause à effet sont importants. Souvent, à la fin les gens sont atterrés ! Quand on demande les émotions à la fin c’est de la tristesse et de la colère qui ressortent. Justement, tu peux leur donner des pistes d’action pour les mettre en mouvement et les sortit un petit peu de ça. Ce côté ludique, la fresque du climat l’a et c’est vraiment génial.

Inès Moreau : Ça t’a pris longtemps pour être formée, pour être animatrice ?

Mélissandre Non, pas du tout ! Tu pourrais être animatrice de la fresque du climat. Il faut juste que tu aies fait un atelier une fois, et après tu participes à une formation avec un formateur. Ça dure un environ 3h et puis tu as un système de parcours de formation. L’idée c’est que tu animes des fresques régulièrement et ça te fait monter en compétence, parce qu’ils te donnent des ressources complémentaires etc. Tu commences par les amis, les proches, la famille et puis après tu vas faire l’atelier à des gens un petit peu plus étendu. Moi, j’anime actuellement pour l’association de la fresque du climat. Ce sont des gens qui s’inscrivent sur la plateforme du site et qui peuvent participer à des ateliers soit en ligne, soit en présentiel. On les accueille dans des locaux par exemple. Sinon, non c’est pas c’est pas du tout compliqué pour se former à l’animation, c’est assez simple d’ailleurs.
C’est vraiment hyper intéressant, si vous êtes intéressé par la Fresque du Climat, on vous encourage vraiment aller faire un tour sur le site de la fresque pour faire un atelier et participer à un atelier. Ça fait prendre conscience de plein de choses et c’est très ludique et participatif. C’est quelque chose qui est collectif et ça c’est super !

Inès Moreau :  Je le recommande vraiment ! Il y a un autre atelier, je sais pas si tu connais que j’ai fait aussi un peu dans le même style, c’était avec un organisme qui s’appelle Little Big impact. C’était pour sensibiliser aux petits gestes.

Mélissandre : Oui, aujourd’hui, il y a pas mal d’ateliers qui se font.

William : Inès, tu habites sur Paris c’est ça ?

Inès Moreau : Je suis à côté, à Issy-les-Moulineaux.

William : Je crois qu’il y aussi des ateliers sur Paris, à la maison du zéro déchet. Ils font des ateliers justement là-bas. Ils fonctionnent sous forme d’association avec une petite boutique qui est très intéressante.

Inès Moreau : Oui, carrément faut aller faire un tour là-bas !

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L’écolo imparfaite sans filtre

William : Pour le mot de la fin, on voulait parler un peu des fun facts/ bad facts ! Pour toi, quelle a été ton expérience ratée la plus drôle dans les écogestes, si tu en as une sur tes 3 ans ?

Inès Moreau : Je pense qu’il y a dû en avoir ! Ce qui s’est passé, c’était surtout quand je testais des recettes pour faire mes livres. Là où tu as un petit peu l’impression de te transformer en apprenti chimiste avec du coup tous tes bacs, tous tes ingrédients. J’ai découvert à mes dépends, que quand tu mets du vinaigre blanc avec du bicarbonate et bah ça mousse beaucoup ! Et j’avais pas du tout prévu ça, je me suis retrouvée avec un bain moussant dans ma cuisine !

Mélissandre : Je pense que c’est arrivé à tous ceux qui veulent se lancer dans les recettes maison ! Tu vois le truc qui monte, qui commence à déborder et puis tu ne peux rien faire. Et ça en en met partout ! Si vous aussi, vous voulez vous mettre dans les recettes maison, notamment pour le ménage, faites ça dans un évier au cas où !

Comme nous notre axe, c’est les écolos imparfaits, est ce que tu peux nous parler de l’écolo imparfaite qui est en toi ? On en a déjà un petit peu parlé, mais nous donner des exemples de gestes qui sont jugées pas écolo, que tu continues à faire ?
C’est sans jugement, on ne demande pas pour pointer du doigt. C’est pour montrer à notre communauté qu’on peut être écolo et qu’on n’est pas à 100 % tout le temps.  Il y a encore des choses que l’on peut faire qui ne sont pas écolos.

Inès Moreau : Je prône souvent, quand on peut bien sûr, le « faire soi-même ».  Faire soi-même autant que possible les produits ménagers ou autre, mais il y a toujours des moments pour diverses raisons, la fatigue, la flemme ou juste pas envie ou pas le temps. Je vais aller acheter des tubes de dentifrice alors que je sais que ça prend 3 min, même pas 3 secondes à faire ! Il y a des fois comme ça, tu n’as juste pas envie ! Au début je me culpabilisais alors qu’en fait ce n’est rien.

Alors j’ai un truc assez honteux quand même, mais faut se l’avouer parce qu’encore une fois on n’est pas parfait et je veux pas du tout renvoyer une image de perfection loin de là.  De temps en temps, les McDo de gueule de bois. Ça c’est très haut… Ce sont des trucs où une fois que c’est fait, tu en as mal au ventre parce que tu culpabilises.

J’allais dire les déplacements, mais finalement pas trop parce que j’ai arrêté de prendre l’avion il y a quasiment 3 ans, depuis que je suis rentré de mon voyage en Asie. Je sais que j’ai arrêté temporairement, parce que j’ai toujours cette passion aussi des voyages. J’ai l’envie de découvrir tellement de choses, que je sais que quand la situation sanitaire le permettra, j’aimerais bien faire d’autres voyages et continuer à découvrir d’autres cultures. Il y a aussi des dissonances comme ça. Je sais que j’évite de le faire pour des sauts de puce, là ou avant je pouvais juste prendre l’avion pour partir un week-end comme ça. Maintenant, c’est hors de question et ça ne me viendrait plus du tout à l’idée. Le côté voyage et aller découvrir d’autres endroits, me reste dans la tête quand même.

Mélissandre : Ce petit partage de fin que nous fait, c’est intéressant parce que je pense qu’il y en a pas mal qui se culpabilisent. Découvrir les autres cultures, c’est essentiel ! On se culpabilise dans une position : « j’adore voyager mais en même temps je veux être écolo, mais je peux pas prendre l’avion,  mais qu’est-ce que je vais faire,  je vais pas prendre un train qui met 24h à arriver ? ».
Nous, on pense que tu peux avoir des gestes pas écolos et être écolo imparfait. Il y a des dérives où on a vraiment honte mais tant que tu en as conscience, c’est l’essentiel.

Inès : Oui et puis pour les voyages, si tu te dis, je prends l’avion pour aller visiter tel ou tel pays, tu peux compenser par d’autres choses.  Si tu pars, autant partir un long moment et en profiter pour aller voir d’autres pays autour ou d’autres villes autour. Tu fais cette zone là et tu n’y reviendra plus, au lieu de faire des allers-retours comme ça plusieurs années de suite. Il y a une multitude d’idées pour amoindrir un petit peu cet impact quand même.

William : Bien sûr. Si quelqu’un se déplace toute l’année à vélo et que sa grosse dépense carbone, c’est son voyage, dans l’année il le rentabilise sur plusieurs mois. Il faut faire la part des choses. Si toute l’année, la personne fait plein de petits gestes à côté, ça aide. Par exemple, je travaille à côté de là où j’habite, je suis à moins de 9 km. Je précise 9 km, parce que d’après l’ADEME, les gens prennent leur voiture même pour un trajet de moins de 9 km alors qu’on peut très bien prendre le vélo ou le train ou même les transports en commun. Je me suis même rendu compte, que j’allais plus vite en vélo ! Ça te fait faire du sport, ça te fait prendre l’air, en fait c’est un cercle vertueux.

Le mot de la fin : « Bienveillance, acceptation et optimisme »

William: Pour finir cette interview est ce que tu aurais quelque chose à rajouter pour le mot de la fin ?

Inès Moreau : On a plusieurs reprises parlé d’éco anxiété, et à ce moment-là, peut être finir en disant de garder une note d’espoir quand même et de rester optimiste et positif. Je pense que c’est en gardant une vision du monde assez belle et optimiste qu’on va pouvoir continuer à rester motivé, à se mettre en mouvement, et à sensibiliser les autres. Si on rentre un petit peu dans des démarches plus violentes, agressives ou pessimistes, je ne pense pas que ce soit les bons messages qui vont passer. C’est surtout, que si on veut changer au niveau climatique, il faut aussi changer notre manière d’interagir avec les autres. Les crises sociales et environnementales sont aussi liées, donc je pense qu’il faut essayer de construire la société qu’on souhaite voir demain et ça passe par de la bienveillance, de l’acceptation, du non jugement et de l’optimisme.

Mélissandre : Parfait, merci beaucoup ! Bienveillance, c’est ce qu’on va retenir, parce que c’est ce qu’on prône aussi avec Les Écolos Imparfaits. Merci beaucoup de nous avoir accordé cette interview, ça a été un échange assez riche parce que ça va faire presqu’une heure que nous sommes ensemble. Pour tous ceux qui veulent retrouver Inès, c’est Inès Moreau, le compte Instagram Les Petits Gestes tout attaché et vous pouvez aussi retrouver ses livres, je fais tout moi-même mes produits de beauté et je fais tout de même mes produits ménagers aux éditions Albin Michel. On te dit peut-être à bientôt et sinon bonne continuation !

Inès Moreau : Avec plaisir ! Merci beaucoup en tout cas, j’ai été ravie de vous rencontrer, au revoir !

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One Comment

  • Cherazade

    Merci pr ce partage d’interview ! Il est vrai qu’aujourd’hui nous devons plus interagir avec les autres ! Il faut se forcer à se dire que ce qui est autour de nous est beau exceptionnel ,je pense qu’il faut un travail sur soi 🙂!

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